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Posté par Marion Guillou | 1 année

« Travailler chez Lima, c’est unique »

DevMag a interviewé trois des développeurs de ce produit primé au CES 2016. Verdict : chez Lima, l'équipe est passionnée et passionnante.

Lancé en 2014 après une levée de fonds spectaculaire sur Kickstarter (1,2 million d’euros), puis auprès de Partech Ventures (2,5 millions d’euros), Lima est un petit boîtier qui tient dans la poche, et qui permet d’unifier la mémoire de ses ordinateurs – Mac et PC, smartphones et tablettes. Associé à une application multi-platerfomes, il offre la possibilité de sauvegarder tout type de fichiers où qu’ils soient. « Vos données sont éparpillées sur plusieurs appareils. Les solutions cloud sont intéressantes, mais n’attaquent qu’une partie du problème. Elles créent un nouvel espace de stockage et, au final, dispersent encore un peu plus vos fichiers », déclare Séverin Marcombes, cofondateur et CEO de Lima dans les colonnes de La Tribune. « Notre approche est de transformer les OS de vos appareils, afin qu’ils contiennent tous les mêmes fichiers. » Lima a reçu le prix de l’Innovation au CES 2016 de Las Vegas.

Denis Leroy, 45 ans (« le papy du groupe », comme il se surnomme), Charles Françoise, 33 ans, et Guénolé Guémas, 25 ans, font partie de l’équipe tech de Lima (de gauche à droite sur la photo de couverture). Leurs éloges sont unanimes : le projet est passionnant, l’équipe passionnée, la culture d’entreprise stimulante. Interview.

Une bonne idée, c’est une idée dont on peut dire : « mince, pourquoi je n’y ai pas pensé moi-même ? »

  • DevMag : Quel sont vos postes ?

Denis : Je suis membre de l’équipe Core : le noyau dur de l’équipe dev, celle qui s’occupe en grande partie de la R&D et qui écrit beaucoup de code multiplateforme. Je travaille beaucoup sur l’aspect réseau et connectique du produit.

Charles : Je suis Lead Mac Développeur.

Guénolé : Si on en croit ma carte de visite je suis Lead Android Développeur. Depuis quelques mois, je fais aussi un peu d’iOS. Concrètement, je définis avec l’équipe produit les features à ajouter ou à améliorer dans l’application, je les développe, et puis je m’occupe de la maintenance de l’application et de son déploiement sur les App Stores.

  • Comment avez-vous connu Lima ? Pourquoi avoir choisi de rejoindre cette boîte ?

Denis : Je cherchais une start- up à Paris. J’ai fait jouer mon réseau et j’ai discuté directement avec des investisseurs. L’un d’entre eux m’a montré la vidéo du projet Kickstarter de Lima.

Charles : Je suis passé par un cabinet de recrutement trouvé sur LinkedIn et, après une série d’entretiens plus ou moins fructueux, j’ai rencontré l’équipe de Lima : Séverin, le CEO, qui m’a fait partager sa vision et son rêve ; puis Gawen, le CTO, qui m’a parlé de la techno derrière le rêve. J’ai tout de suite vu que ça collerait au niveau personnalité. J’ai été convaincu par la pertinence du projet, le challenge qu’il représentait, et par les promesses d’avenir.

Guénolé : J’ai connu Lima grâce à son succès sur Kickstarter en Septembre 2013. Je sortais tout juste d’école et je voulais travailler en start-up. J’ai rencontré Séverin puis Gawen en décembre grâce à la mailing list du Camping (aujourd’hui Numa Sprint). J’ai d’abord été emballé par l’enthousiasme communicatif de Séverin et Gawen :

Faire partie d’une équipe, certes naissante, mais composée de développeurs aussi expérimentés, était une chance incroyable à saisir.

  • Qu’est-ce qui vous plaît tant dans le produit Lima ?

Denis : Une bonne idée, c’est une idée dont on peut dire : « mince, pourquoi je n’y ai pas pensé moi-même ? » C’est exactement l’impression que j’ai eu avec Lima. J’adore aussi le défi que le produit représente, puisque derrière tout ce qui est simple à comprendre et à utiliser, se cache toujours beaucoup de travail.

Charles : La première chose qui m’a plu dans Lima, c’est l’idée du cloud personnel et local. Je suis musicien et collectionneur de musique, j’ai donc énormément de données audio qui prennent beaucoup de place sur mes disques durs. Avant Lima, je me déplaçais toujours avec mon disque dur externe à MP3. Pas très nomade ! Et pas moyen d’utiliser le cloud : mes dossiers se mesurent en TB de données. La moindre session de travail peut facilement peser plusieurs dizaines de GB, je ne peux pas passer mon temps à uploader et downloader, encore moins à copier sur les disques de toutes les machines. Avec Lima, j’ai une solution simple et adaptée à mon mode de vie numérique.

La deuxième chose, c’est ce qu’on appelle chez nous « l’unification ». Quand Lima est utilisé à son potentiel complet, les différents ordinateurs partagent tous exactement les mêmes répertoires, y compris Bureau, Photos, Musique… Ce qui me permet de me sentir “chez moi” sur toutes mes machines. Mon univers numérique est toujours le même, seuls les lieux où je travaille changent.

Guénolé : La simplicité d’utilisation – par rapport à un NAS par exemple – et le fait d’avoir accès à vraiment toutes mes données partout, tout le temps.

  • Denis, quels langages utilises-tu au quotidien ? 

Il y a pas mal de C, car Lima tourne sous un Linux embedded avec peu de ressources. Pour le reste : du Python et du Bash pour le scripting et les parties serveurs. Nous utilisons aussi beaucoup Lua, ça marche bien pour l’intégration à plus bas niveau.

Faire partie de l’équipe Core de Lima demande beaucoup de polyvalence et de prise d’initiative. Il faut toujours être à la recherche de meilleures alternatives : même quand tout marche, on se demande comment on pourrait faire mieux.

  • Charles, pourquoi OS X ?

En tant que musicien, j’ai toujours eu une faiblesse pour les Macintosh (pré-OS X). Le Mac, c’est « l’ordinateur des artistes »… En tant que développeur, je n’aimais pas ce système fermé et inflexible. Et puis en 2001, j’ai découvert Mac OS X et, avec lui, la promesse d’une communauté réputée – en tous cas à l’époque, d’une utilisation facile, de la stabilité et de la flexibilité du système Unix, ainsi que d’une ouverture sur le monde de l’open source. J’ai fait l’acquisition d’une tour G4, j’ai éteint mon PC Windows, et je ne l’ai plus jamais rallumé. Les Developer Tools (ancêtres d’Xcode) étaient fournis gratuitement avec l’OS. J’ai installé la première version d’Xcode (Project Builder) et j’ai commencé à apprendre Objective-C.

Quand l’iPhone a pointé le bout de son nez, les communautés autour d’Objective-C et Cocoa ont pris de l’ampleur, ma motivation aussi, et j’ai pu sans problème étendre mes compétences au développement iOS. Finalement, c’est par amour pour OS X en tant qu’utilisateur que je me suis spécialisé dans le développement sur cette plateforme.

  • Guénolé, pourquoi t’être spécialisé dans Android ?

Un peu par hasard. Après avoir fait pas mal de développement web, j’ai voulu me mettre au développement mobile : je me suis tourné vers Android, tout simplement parce que je n’avais pas de Mac à l’époque.

La communauté Android est très riche : il y a énormément de ressources pour apprendre, la plateforme permet beaucoup de liberté comparée à iOS. Ce qui me plaît moins, c’est la fragmentation des devices, qui rend le développement et la maintenance compliqués, même si ça s’est amélioré !

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Chez Lima, les développeurs font vraiment partie du processus de conception

  • Qu’est-ce que vous préférez dans vos postes ?

Denis : La flexibilité et la liberté dans la manière de travailler. Quand on se donne un objectif, on est libre de trouver le meilleur moyen de l’atteindre, même si ça implique d’essayer une nouvelle techno ou de changer certaines spécifications.

Charles : Chez Lima, mon expérience et mon expertise sont respectées, et je sais que mon opinion sera prise en compte dans chaque décision. S’il faut prendre quelques jours pour rechercher ou prototyper une solution, ils sont toujours accordés. Dans la majeure partie des cas, les solutions proposées sont intégrées rapidement dans le produit. J’aime aussi le challenge que représente Lima :

Notre produit est à la pointe de la technologie et ça se voit : nombre des problèmes que je rencontre au quotidien ne trouvent pas de réponse sur Stack Overflow…

Le terrain sur lequel j’avance est nouveau, et c’est tous les jours passionnant.

Guénolé : Participer à toutes les étapes de la création de l’app, de la conception à la distribution, en passant par le développement. Chez Lima, les développeurs ne suivent pas un cahier des charges écrit par quelqu’un d’autre, mais font vraiment partie du processus de conception.

  • Et ce que vous aimez le moins ?

Denis : Le chaos parfois inhérent à des organisations un peu plates, typiques des start-up tech.

Charles : Une start-up à ses débuts est toujours sous pression : tout est à faire, et pour hier. Je vis très bien avec la pression, mais je déteste quand la pression fait prendre de mauvais raccourcis. Les jours où il faut livrer une solution, même mauvaise, le plus vite possible ; les jours on ne s’accorde pas sur les priorités et où il faut réaliser une fonctionnalité au détriment d’une autre ; les jours où plus personne ne sait qui travaille sur quoi parce que la communication est trop faible, qu’on jongle entre tous les corps de métier et que les bon réflexes méthodologiques passent à la trappe…

Guénolé : On est parfois trop dans l’urgence, et on n’a pas toujours le recul nécessaire pour prendre les bonnes décisions techniques.

  • À quoi ressemble votre journée type ?

Denis : La journée commence par une bonne session emails, suivie d’un passage en revue des serveurs. Nous n’avons pas d’IT chez Lima, on se partage donc la tâche à plusieurs. Ensuite, je profite de l’énergie matinale pour attaquer les tâches techniques les plus compliquées, comme rechercher un bug difficile, ou écrire du nouveau code. L’après-midi, c’est plutôt du Github, de la lecture de code et du test.

Charles : Difficile d’imaginer une journée type chez Lima! Aucun jour ne ressemble à un autre. En général, les premières heures du matin sont dédiées à la gestion du projet. Souvent, je viens prêter main forte à l’équipe customer care sur les problèmes techniques spécifiques à l’app Mac. Une fois au clair sur l’état du produit et sur les priorités du jour, je m’attaque au code à proprement parler, ce qui m’occupe jusqu’au soir. En ce moment, nous sommes dans une période de recrutement, mes soirées sont donc souvent prises par un entretien d’embauche, et les matinées à la revue du coding challenge et du Github d’un candidat.

Guénolé : J’aime bien arriver avant tout le monde tôt le matin, soit pour faire de la veille, soit pour travailler sur des sujets qui demandent du calme. Pour le reste, ça dépend des jours et des tâches, certaines semaines vont être dédiées au développement de nouvelles fonctionnalités, d’autres à la résolution de bugs. Je pars souvent entre 19h et 20h. Le soir, je préfère lâcher un peu l’écran et lire un bon bouquin.

  • Comment est la culture d’entreprise chez Lima ?

Denis : C’est une culture jeune et informelle. Parfois relax, parfois intense. Une hiérarchie très plate grâce à laquelle tout le monde se respecte. Beaucoup de passion.

Charles : Unique. Extraordinaire.

J’ai rarement travaillé avec autant de gens aussi compétents, aux personnalités aussi fortes, réunis sur un seul projet.

Séverin et Gawen sont les porteurs de la vision et de l’architecture technologique, mais chaque développeur a une liberté quasi-totale sur sa part du projet. En deux ans, je n’ai jamais été soumis à une deadline intenable ou à une trop grosse dette technique.

Guénolé : Je dirais qu’elle est collaborative. Chacun est différent, apporte sa touche et a vraiment son mot à dire. Malgré le fait qu’il y ait un spécialiste par plateforme, on s’entraide beaucoup quand on fait face à des problèmes, ou lorsqu’on a besoin d’un oeil extérieur.

La curiosité du développeur ne doit pas avoir de limite

  • Quelles sont vos astuces de productivité ? Et de veille ?

Denis : J’aime bien le principe du Test-Driven Development : on écrit des tests en amont ou très tôt dans le cycle de développement. Ça permet d’alterner les phases de développement et de tests, et donc de créer un cycle avec des itérations assez courtes. Pour la veille, une bonne Triple belge. Ou passer du temps avec mes enfants.

Charles : Pour la productivité, je m’assure d’éviter l’ennui et la routine. Pour cela j’alterne entre journées au bureau et journées en télétravail, je n’hésite pas à prendre un café au bistrot avec mon laptop, ou dans un espace coworking comme l’Anticafé… Je change régulièrement mes horaires : soit je commence très tôt avant que tout le monde n’arrive, soit je reste tard quand les bureaux sont vides. J’utilise aussi l’extension WasteNoTime de Chrome, qui me permet de mesurer et de gérer le temps passé sur les sites chronophages tels que Facebook, ou Reddit.

Et puis je prends le temps de travailler sur des projets périphériques. Ce genre d’initiative est soutenu par la direction de Lima (dans la limite du raisonnable). Travailler sur des projets sans pression permet de regarder un peu plus loin que le bout de ses pieds et contribue énormément à la motivation.

Guénolé : Pour la productivité, j’aime m’allouer de longues périodes d’au moins trois heures pour travailler à fond sur une fonctionnalité ou un problème en particulier, et ce interruption du type messagerie, ou mail. Pour la veille beaucoup d’outils : Twitter pour suivre des développeurs Android reconnus, Feedly pour les flux RSS, Pocket pour les articles plus longs, et la newsletter hebdomadaire Android Weekly qui regroupe les meilleurs articles de la communauté Android. On partage aussi beaucoup de choses entre nous chez Lima, ce qui donne souvent lieu à des discussion très animées et enrichissantes.

  • Quels sont les outils/app/frameworks dont vous ne pourriez pas vous passer ?

Denis : Un shell bash et emacs. Sans ça, je suis perdu.

Charles : Les outils standards du développeur mac : Xcode, Github, Stack Overflow, et les frameworks incontournables tels qu’AFNetworking et CocoaLumberjack. J’utilise aussi Flycut, qui permet de garder en mémoire jusqu’aux 100 derniers textes copiés dans le presse-papier. C’est la première app que j’installe après l’OS. Je ne sais même pas comment c’est possible de travailler sans !

Guénolé : Android Studio forcément, et toutes les librairies – ou presque – développées par Square. Je suis aussi un grand fan d’Inbox by Gmail.

  • Quels sont les développeurs que vous admirez ?

Denis : Don Knuth, car j’ai eu la chance de pouvoir assister régulièrement à ses présentations quand j’étais étudiant aux États-Unis. Mais aussi Mike Shapiro (DTrace), et Alan Cox.

Charles : J’ai une affection toute particulière pour Mattt Thompson, le créateur de certains des outils les plus utiles pour le développement iOS/Mac, comme AFNetworking ou les outils Nomad. Il est également le père de NSHipster, le site de référence pour qui aime fouiller dans les recoins les moins connus de Cocoa et d’Objective-C.

Guénolé : Je suis très admiratif du travail de Jack Wharton pour la communauté open source d’Android et de Square.

  • Un conseil pour les développeurs qui nous lisent ?

Denis :  Stack Overflow c’est bien, mais il faut parfois savoir résister à la tentation de copier/coller du code ou de suivre une recette à l’aveugle. Toujours prendre le temps d’étudier une API, même si on ne va s’en servir qu’une seule fois.

Charles : Ne jamais s’arrêter de coder, ne jamais rester sur ses acquis. Dans nos métiers, il est trop facile de se focaliser sur une techno à la mode, de devenir expert, et d’ensuite mépriser les alternatives. La curiosité du développeur ne doit pas avoir de limite. Apprendre un langage obscur, obsolète ou cutting-edge, réinventer la roue en commençant un projet qui a déjà été fait plusieurs fois, écrire l’app qui manque à son propre mobile, faire des puzzles de code, contribuer à un projet open-source, acheter un Raspberry Pi et le transformer en serveur, coder le soir au lieu de regarder la télé, coder pendant les voyages en train, coder pendant les vacances… Ne jamais s’arrêter d’apprendre.

Guénolé : Soyez toujours curieux ! Un développeur doit aussi comprendre les problématiques de l’utilisateur, c’est donc très important de s’intéresser à l’UX et au design.

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