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Posté par Marion Guillou | 2 années

Qui sont les dev qui travaillent le Bitcoin ?

Rencontre avec l'un des acteurs principaux du Bitcoin en France : La Maison du Bitcoin, et avec Nicolas Bigot, son développeur front-end.

Le Bitcoin est source de nombreux fantasmes liés au dark-web et aux trafics en tous genres. Il n’est donc pas toujours facile pour les entrepreneurs français qui voudraient développer le protocole de trouver des investisseurs, ces derniers étant plutôt frileux à l’idée de voir leur nom ou leur marque associés à un produit aussi clivant. Passionné par le Bitcoin, Éric Larchevêque, fondateur et CEO de La Maison du Bitcoin, a pourtant réussi une levée de 2,7 millions d’euros (principalement auprès de la BPI) en février 2015, afin de développer Ledger, son portefeuille électronique adapté aux crypto-monnaies. Entre son siège rue du Caire (face à NUMA), en plein Silicon Sentier, sa filière à San Francisco, et ses bureaux à Vierzon dans le centre de la France, La Maison du Bitcoin emploie dix-sept personnes dont douze développeurs.

NB : Si l’association « Vierzon » et « Bitcoin » vous dit quelque chose, c’est que Ledger est issue de la réunion de trois start-up, dont Chronocoin, qui développait une chronocard destinée à faciliter le paiement en Bitcoin, à Vierzon justement.

La Maison du Bitcoin a pour vocation de sensibiliser le public (initié ou non) à la cryptographie, dont les implications dépassent largement le Bitcoin. « Dans les années à venir, le protocole Bitcoin peut avoir autant d’impact qu’internet », prédit Éric Larchevêque. Dans un monde numérique où la protection des données est un enjeu de taille, de nombreux particuliers, mais aussi des banques et des assureurs, sollicitent l’expertise de La Maison du Bitcoin. Une fois par mois, elle organise donc des formations gratuites de trois heures pour une trentaine de personnes. Les dates et les horaires de ces formations sont communiquées sur l’agenda de la société, ainsi que sur son compte Twitter.

Quant à l’équipe de développeurs, elle travaille, vous l’aurez compris, sur Ledger. Les profils vont du développeur hardware, qui fabrique le design en low level, au front-end (JavaScript), en passant par le back-end (ROR et Scala).

« Le Bitcoin, c’est tellement technique qu’on ne peut pas tricher sur ses compétences », assure Éric Larchevêque.

Passionnés par le protocole, et sûrement un brin marginaux, certains des dev de l’équipe vont jusqu’à demander une partie de leur salaire en Bitcoin…

Dans la peau d’un développeur Bitcoin

Nicolas Bigot a 25 ans, il est développeur front-end et UX/UI designer pour Ledger, le portefeuille électronique que développe La Maison du Bitcoin.

Quel est ton poste ?

Je travaille principalement avec des technos web (JavaScript, HTML, CSS) et mobiles. Côté UX/UI, je suis en charge de l’identité visuelle et de l’expérience utilisateur de Ledger (Flyers, web, etc.).

Pourquoi as-tu choisi de rejoindre cette aventure ?

Ledger est né de la fusion de trois sociétés : Epic Dream, BTChip et Chronocoin. Je faisais partie de l’équipe tech d’Epic Dream, qui développait, entre autre, l’appli Flink, dédiée au monde la mode. Le projet n’a pas fonctionné alors, quand Éric Larchevêque m’a proposé de rejoindre le vaisseau mère, j’ai accepté.

Quels sont les points positifs de ton travail ?

Quand on travaille dans une start-up, tout va très vite. Du coup, pas le temps de s’ennuyer, il y a toujours quelque chose à faire. Comme nous ne sommes « que » douze développeurs, chacun mène ses missions de A à Z, c’est très responsabilisant. J’ai aussi la possibilité de toucher à tout, notamment à un domaine qui me passionne : celui du design et de l’expérience utilisateur. Le challenge technique est stimulant, même si ce n’est pas toujours facile. Jusqu’à présent, je suis content des produits qu’on a sortis.

Et les points négatifs ?

Beaucoup de gens ne comprennent pas encore clairement ce qu’est Bitcoin. C’est difficile d’expliquer à ma famille et à mes proches ce sur quoi je travaille exactement. Du coup :

Je passe souvent pour le « Monsieur Ordinateur » de service, celui qui travaille sur un truc obscur.

Il y a aussi le revers de la médaille du travail dans une petite start-up : rester tard le soir, être constamment à l’affût et disponible pour résoudre les bugs. Quant à l’expérience utilisateur et au design, ce sont deux disciplines qui nécessitent énormément d’implication personnelle. Il faut constamment se battre pour que ce soit beau, et pour que les gens comprennent le produit. On a souvent des feedback négatifs, il faut savoir se remettre en question à longueur de journée et accepter que son design ne plaise pas au reste de l’équipe. C’est un travail sur le long terme, qui nécessite une vision globale du produit. Enfin, quand on est sur tous les fronts, mieux vaut avoir bonne mémoire car il faut retenir beaucoup d’informations.

À quoi ressemble ta journée type ?

La priorité numéro un, c’est de résoudre les bugs survenus dans la nuit. Heureusement, il n’y en a pas trop souvent. Sinon, le matin, je mets ma casquette de designer et je me concentre sur les tâches les plus difficiles : une maquette à produire, une nouvelle fonctionnalité à penser, une nouvelle page de site à définir, etc. Le reste de la journée est consacré à la mise en application de ce qui a été produit dans la matinée, à ce moment là, c’est mon côté développeur qui prend le-dessus.

Que penses-tu du Bitcoin ? 

Je pense que Bitcoin est une technologie fantastique. J’étais pourtant très sceptique à l’idée de rejoindre l’équipe au début : le projet me semblait trop technique, sans aucun contact produit, dans un milieu où le design et la beauté des interfaces n’existent pour ainsi dire pas.

Et puis j’ai compris que c’était à moi d’apporter ma pierre à cet immense édifice. Aujourd’hui, je suis fier du rendu de Ledger et de ma double casquette : ni trop technique, ni trop designer.

Je peux vanter le mérite de la technologie Bitcoin à mes proches et à mes amis, par contre, je ne me considère pas comme suffisamment passionné pour en parler pendant des heures. Cette distance avec mon travail me permet d’ailleurs d’apporter une vision différente du produit à mon équipe, surtout face à certains de mes collègues passionnés de technique, qui participent à des meet-up spécialisés; mais qui sont totalement dépassés par l’accessibilité et la simplicité à donner au produit pour que nos clients l’adoptent de façon optimale. En d’autres termes : Bitcoin est une vraie révolution, mais pas au point d’occuper tous mes week-end.

Fais-tu partie des salariés de La Maison du Bitcoin qui se font payer une partie de leur salaire en Bitcoin ?

Non, je n’ai pas souhaité être payé en Bitcoin. Aussi intéressante que soit l’idée de se passer du système financier traditionnel, force est de constater qu’il est difficile, au quotidien, de vivre sans euro.

Une des règles d’or du Bitcoin, c’est de « n’investir que ce que l’on peut se permettre de perdre », et c’est justement ce qui me bloque.

Le coût de la vie à Paris, mon prêt étudiant à rembourser, sont autant de barrières qui font que, dans mon cas, cela n’aurait pas de sens. Par contre, je possède mon portefeuille Bitcoin (comme tous mes collègues), dont je me sers au quotidien : c’est très pratique pour rembourser ses collègues, ou bien pour acheter en ligne. Mais payer mon loyer avec ? Cela sera sûrement possible un jour, mais ce n’est pas pour tout de suite.

Un conseil pour les dev qui nous lisent et qui s’intéressent au bitcoin ?

Achetez vos premiers Bitcoin, même s’il ne s’agit que de poussières de Bitcoin. Une dizaine d’euros suffit. Faites vos premiers achats. Je crois au pouvoir de la pratique, plus qu’à celui de la théorie. Si vous voulez vous y mettre sérieusement, renseignez-vous et utilisez un portefeuille sécurisé plutôt qu’une application mobile ou un logiciel, car il est très facile de tout perdre sans cela.

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