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Posté par Marion Guillou | 9 mois

Que valent vraiment les formations accélérées pour apprendre à coder ?

Elles permettraient à qui s'en donnerait vraiment la peine de devenir développeur en quelques mois. Réalité ou escroquerie ? Trois développeurs passés par une ou plusieurs formations accélérées témoignent.

On en a beaucoup parlé en 2015 avec le lancement du label Grande École du Numérique. Destinées à pallier la pénurie de développeurs que rencontre l’industrie de la tech, mais aussi à donner une nouvelle chance aux exclus du système, les formations accélérées pour apprendre à coder n’en finissent pas de fleurir en France. Certaines sont gratuites – c’est le cas de l’école 42 de Xavier Niel et de Simplon, dont la démarche est avant tout sociale – d’autres sont payantes, et pas franchement données. Toutes attirent de plus en plus d’apprentis développeurs.

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Il faut dire que pour la « génération chômage », la sécurité d’un emploi, qui plus est bien payé, a de quoi séduire, quitte à baisser sa garde au moment d’ouvrir son porte-monnaie. Labellisées Grande École du Numérique ou non, toutes ces formations ne se valent pas, quand certaines ne flirtent pas carrément avec l’escroquerie, et/ou l’abus de faiblesse. En effet, promettre un emploi à un chômeur de longue durée tout en l’allégeant de quelques milliers d’euros, en sachant pertinemment qu’il n’a quasiment aucune chance de décrocher un poste après seulement trois mois de cours, on aura vu plus éthique !

Pour son dossier du mois, DevMag est allé à la rencontre de trois développeurs juniors passés par ces fameuses formations accélérées. Sabine Caizergues, 33 ans, Jean-Baptiste Charrier, 37 ans, et Stéphane Luu, 30 ans, nous livrent leur témoignage. Sans filtre !

DevMag : Que faisiez-vous avant de vous tourner vers le développement ?

Sabine : J’ai eu une vie professionnelle bien chargée, en France et à l’étranger : j’ai été coiffeuse, puis ambulancière, et j’ai même tenu un glacier. À côté de ça, j’ai toujours aimé l’informatique. Assez pour me tenir informée, aussi bien sur internet qu’en achetant des bouquins à la FNAC. Mais comme j’avais toujours entendu dire que les métiers de l’informatique étaient réservés aux têtes de classe, je ne pensais pas pouvoir devenir développeuse moi-même.

Jean-Baptiste : Je travaillais dans un groupe de presse et d’édition, en tant que chargé de communication. C’est dans ce cadre que j’ai découvert l’univers du web, et que j’ai évolué vers le web marketing et le développement de trafic.

Stéphane : Après une licence de maths interrompue en cours de route, j’ai enchaîné les petits boulots. Comme j’aimais l’informatique, j’ai finalement décidé de me tourner vers le développement.

Qu’est-ce qui vous a motivé à apprendre à coder ? Est-ce la passion de l’informatique ou l’envie de décrocher un CDI dans la tech ?

Sabine : Je suis tombée par hasard sur les tests de 42, et je me suis amusée à les passer. J’ai ensuite voulu me frotter à la piscine (une épreuve d’un mois qui décide de l’admission définitive à l’école, ndlr). À ce moment là, je bossais en tant qu’ambulancière à Montpellier. Sans savoir à quoi m’attendre, car je n’avais jamais codé, j’ai pris un congé sans solde pour tenter le coup. À la fin de la piscine, j’étais admissible, et j’ai décidé de me lancer dans l’aventure

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J’aurais sauté le pas, même sans garantie de débouchés professionnels, puisque mon métier d’ambulancière – une profession fantastique que je n’exerçais pas du tout par défaut – m’assurait déjà la sécurité de l’emploi. J’avais envie d’assouvir ma soif de connaissances dans l’informatique, qui était mon passe-temps/passion du week-end.

Jean-Baptiste : Ma passion pour l’informatique est toute récente : j’ai commencé à coder il y a un peu plus d’un an, et j’ai tout de suite accroché. L’appel d’air pour les développeurs sur le marché de l’emploi a achevé de me convaincre, et je me suis lancé.

Stéphane : J’ai commencé à coder car j’avais une idée d’application, et que je voulais la développer moi-même.

Comment avez-vous choisi votre formation ?

Sabine : J’ai été séduite par la gratuité, le côté « ouvert à tous », le peer learning, en bref, le concept innovant de 42. Parallèlement, je me suis inscrite à la 3W Academy, une école payante qui propose des formations accélérées de trois mois. Je voulais me spécialiser un peu plus rapidement dans le web, car à 42, on ne fait pas beaucoup de projets web.

Jean-Baptiste : J’ai d’abord comparé les programmes à partir des sites internet des écoles, et puis je suis allé à la rencontre des équipes pédagogiques des écoles que j’avais retenues, lors de portes ouvertes notamment. J’ai finalement choisi l’École multimédia en formation continue, dans le cadre d’un CIF (Congé Individuel de Formation). Le programme me semblait à la fois vaste et solide, et les vingt ans d’existence de l’école me rassuraient. Je ne regrette pas mon choix.

Stéphane : J’ai choisi la Coding Academy (une formation proposée par Epitech) car je connaissais Epitech de nom. J’ai pensé que la réputation de l’école m’ouvrirait plus facilement les portes du marché de l’emploi.

Des profs qui n’en sont pas, un encadrement qui laisse à désirer, des technos dépassées, un enseignement trop léger…

Quelles principales difficultés avez-vous rencontré au moment d’apprendre à coder ?

Sabine : À 42, le plus dur, c’est de garder sa motivation intacte, et de ne pas se disperser. À la 3WA, il y a un vrai problème avec les profs : la plupart sont de bons développeurs, mais pas pédagogues pour un sou.

Jean-Baptiste : Il y a tellement de choses à assimiler en si peu de temps, qu’il faut passer par un apprentissage cumulatif. Il y a des notions préalables à bien maîtriser pour pouvoir passer à l’étape suivante. L’investissement personnel est assez conséquent.

Stéphane : Avec des cours tous les jours de 9 à 21h, il faut tenir le coup !

Aviez-vous imaginé que ce serait aussi difficile ? 

Sabine : J’ai eu du mal à être assidue à 42 car l’apprentissage me semblait trop abstrait. J’avais besoin de travailler sur le terrain, en condition réelle. Par contre, 42 m’a « appris à apprendre » : à aller chercher les ressources, à échanger avec les bonnes personnes pour avancer plus vite, tout en me permettant d’assister à des conférences, et à faire des rencontres que je n’aurais pas faites ailleurs.

Jean-Baptiste : Dans la mesure où je venais d’un univers professionnel complètement différent, je n’étais pas sûr d’être capable d’apprendre à coder. Je m’attendais donc à ce que ce soit difficile. J’ai notamment était surpris de voir que le front demandait des connaissances techniques aussi avancées.

Stéphane : C’était plus difficile que ce que j’imaginais, en partie car je pensais être beaucoup plus encadré et accompagné dans mon apprentissage.

Avez-vous senti un décalage entre le discours des formations grande école du numérique et la réalité du terrain ? 

Sabine : Je suis très remontée contre la 3WA, qui nous explique que, pour 3 000 euros, on est assuré de trouver un travail. Ce n’est pas vrai, c’est même impossible vu les formations et l’accompagnement proposés. Pour moi, c’est plus une machine à cash qu’une véritablement école…

Jean-Baptiste : Certaines écoles prétendent qu’il est possible de devenir développeur en trois ou six mois. De mon point de vue, c’est faux, à moins d’être sacrément doué. Il faut plus de temps que ça pour assimiler les concepts et le savoir technique.

Stéphane : Le discours est forcément enjolivé. La promesse d’être opérationnel et de trouver un job à la sortie d’une formation accélérée n’est pas toujours tenue.

Selon votre expérience, quelles sont les principales déconvenues d’un apprenti développeur passé par une formation accélérée une fois sur le marché du travail ?

Sabine : On n’est pas assez formé à un langage ou à un framework en particulier. Les projets que l’on fait à l’école ne ressemblent pas vraiment à ce qui est demandé dans le monde professionnel.

Jean-Baptiste : Le niveau exigé sur le marché du travail est beaucoup plus élevé que celui que l’on peut espérer atteindre à l’issue d’une formation accélérée. Les technos qu’il faut maîtriser sont souvent plus récentes et plus performantes que celles que l’on a apprises à l’école. 

Stéphane : J’ai fini major de ma promo et pourtant, mon manque d’expérience et le fait de ne pas avoir suivi un cursus classique m’ont handicapés au moment de postuler à certaines offres.

Pourtant, la reconversion est possible !

Vous êtes aujourd’hui salariés de Garage 56 (qui emploie des développeurs juniors tout juste sortis d’école pour les former aux exigences du marché du travail avant de les placer, ndlr), qu’en pensez-vous ?

Sabine : J’ai choisi Garage 56 car monter en compétence sur Angular était pour moi une évidence. J’ai plus appris en trois semaines de cours avec Seb (Sébastien Bianchi, fondateur de Garage 56, ndlr) qu’en trois mois avec la 3WA. J’ai aussi appris le devops, la méthode agile, c’est vraiment très bien. À la suite de ces trois semaines, on bosse sur un vrai projet client. Je n’ai vu ça nulle part ailleurs.

Jean-Baptiste : Garage 56 est une super opportunité, la formation est solide et calibrée pour le marché de l’emploi. On creuse à fond tout l’univers de JavaScript (ES6, AngularJS, NodeJS, les bases noSQL,…) et on travaille avec les méthodes du monde professionnel (intégration continue, méthode agile, …). L’état d’esprit de Garage 56 est à la fois exigeant et humain, l’ambiance est super cool, toute l’équipe est aux petits soins pour les apprentis développeurs. Seul point négatif : c’est très intensif car le programme est extrêmement dense. Mais ça en vaut la peine.

Stéphane : Le Garage 56 est un bon tremplin pour les développeurs junior avec peu d’expérience. La formation proposée est en adéquation avec le marché du travail.

Que conseillerez-vous aux futurs élèves de la grande école du numérique qui nous lisent ?

Sabine : Ne vous dispersez pas trop. Il existe tellement de choses qu’on ne peut pas tout apprendre d’un coup.

Jean-Baptiste : Développez un maximum en essayant de toujours vous améliorer. Les opportunités ne manquent pas : sur le web, en échangeant avec d’autres développeurs, etc.

Stéphane : Soyez motivé car la formation que vous allez suivre ne sera probablement pas suffisante. Il vous faudra fournir beaucoup de travail personnel pour espérer acquérir le niveau requis minimum pour un poste de développeur.

Si vous aviez un coup de gueule à passer, ce serait…

Sabine : Un gros coup de gueule contre la 3WA ! Lorsque j’ai laissé un avis négatif sur Google, le directeur m’a écrit personnellement pour me demander de le retirer, en me faisant le coup du chantage affectif : en agissant ainsi, je faisais du tort à ses employés…

Jean-Baptiste : Où sont les femmes ??!!!

Stéphane : J’ai eu la chance de décrocher un job en passant par une formation courte. Mais pour moi, beaucoup de ces formations accélérées s’apparentent à du vol. Il faut débourser beaucoup d’argent – dans mon cas, 4 900 euros pour plus ou moins quatre mois – alors que l’emploi n’est pas du tout assuré à la sortie ! 

Finalement, vous avez réussi en relativement peu de temps à vous reconvertir en développeurs… Quel bilan tirez-vous de votre expérience ? 

Sabine : Si c’était a refaire, je perdrais moins de temps à toucher à tout. En même temps, j’ai eu besoin de ça pour savoir que j’étais plus à l’aise avec JavaScript…

Jean-Baptiste : Je tire un bilan très positif de ma reconversion dans le développement, même si je reconnais avoir eu pas mal de chance, notamment celle de croiser la route du Garage 56.

Stéphane : C’est positif pour moi aussi. J’ai réussi à me reconvertir en développeur assez rapidement.

  • Noémie

    Je suis pleinement d’accord avec l’avis sur la 3W Academy. Le formateur pour la partie intégration était pédagogue, mais celui pour la partie développement n’avait vraiment pas sa place en tant que formateur. Il était également impoli et prenait les gens de haut. De plus, je me suis retrouvé dans une classe avec des personnes n’ayant vraiment jamais édité une page HTML et qui étaient largué dès la 1ère semaine. Ce qui ralentissait ceux qui voulaient avancer. Quand j’ai remonté ces problèmes au directeur Djamchid Dalili, silence total.
    C’est de la publicité mensongère de dire qu’on trouve facilement et directement du boulot après la 3W Academy. Cette formation nous donne juste quelques bases.

  • Anthony

    pas du tout vécu la même expérience que toi à la 3W Academy. Perso, j’ai vraiment apprécié le suivi après la formation : ils organisent des événements emplois tout les mois et le forum aussi est top pour trouver un taff. Bien sûr, on sort junior, mais ils nous le disent dès le début

  • http://pascalretrogames.com PascalRetroGames

    Salut, je suis actuellement la formation 3W Academy, je donne des nouvelles régulières ici http://pascalretrogames.com/hi-tech/3wa/

  • Anthony Marais

    Si je peux vous conseiller une école où le suivi pédagogique est le moteur avec en plus, la possibilité d’être en chaussons chez soi : https://oclock.io :)