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Posté par Marion Guillou | 2 mois

Meilleur Dev de France 2016 : erreur 503

Pour sa quatrième édition, le Meilleur Dev de France a vu très grand. Trop grand. Au point d'en oublier les principaux intéressés : les développeurs.

Le Meilleur Dev de France, le plus grand concours de code de l’Hexagone, était jusqu’à présent organisé à l’école 42. L’édition 2015 avait réuni 1 000 personnes dans les locaux de Xavier Niel, et consacré Antoine Leblanc, développeur chez Criteo.

Lire aussi : Antoine Leblanc : portrait du meilleur dev de France 2015

Pour l’édition 2016, changement de dimension. Ametix – entreprise spécialisée dans les métiers du web technique et marketing – est en charge de l’organisation, l’événement est sponsorisé par de gros comptes (Salesforce, Allianz, Parrot, Axa…), et 7 000 personnes sont attendues. Sur le papier, la promesse est alléchante : on ne parle plus du plus grand concours de code de France, mais carrément du plus grand concours de code d’Europe ; il y a du people (plus ou moins WTF, comme Jean-Claude Van Damme : selon Clubic, il cherchait un développeur pour son application, avis aux amateurs !) ; et un espace VIP sur toit-terrasse (dans les locaux de Criteo, juste en face du théâtre) avec buffet, concert et conférences.

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Problème : à trop vouloir briller, on en oublie son coeur de cible, en l’occurence, les développeurs

Visiblement dépassés par l’affluence de candidats, visiteurs, partenaires et autres VIP, les organisateurs ne savent plus où donner de la tête. Résultat : près d’une heure d’attente dans la rue, compressés les uns contre les autres (VIP ou non), pour accéder à l’entrée du théâtre. Certains développeurs inscrits à la première session (qui devait commencer à 20 heures), resteront bloqués – et malmenés – jusqu’à la dernière minute aux portes du Théâtre.

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Une fois installés tant bien que mal, ordinateurs sur les genoux – et tout d’un coup on se demande : un théâtre était-il le lieu le plus approprié pour ce type de concours ? – les développeurs se lancent dans la première épreuve destinée à sélectionner les 20 premiers finalistes. Dix minutes passent et là, c’est le drame : le wifi ne marche plus. Sifflets et huées, la tension monte. On leur explique depuis la scène que, quelque part, si ça ne marche pas, c’est un peu de leur faute : ont-ils bien respecté les conditions d’inscription, ont-ils bien mis leur téléphone en mode avion ?

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Quarante minutes plus tard, la première session se termine. On invite les développeurs à dégager rapidement la salle pour faire entrer la session suivante. Les noms des 20 premiers finalistes sont annoncés au micro en quatrième vitesse et, alors que quelques applaudissements retentissent, il est expliqué que « attention, il ne faut pas faire trop de bruit, il ne faut pas gêner le direct de BFM Business ». Pardon de déranger.

Au passage : bravo aux finalistes sélectionnés lors de cette première session, ils ont fait preuve d’une concentration sans faille pour coder dans une telle cohue !

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Le meilleur communiquant de France

De l’autre côté de la rue, dans les locaux de Criteo, l’espace VIP voit se succéder les personnalités venues apporter leurs lumières sur cet événement d’envergure. Entre politiques en campagne (Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Lemaire) et PDG sponsors, chacun y va de sa petite promotion. Et compte tenu du temps d’attente nécessaire pour accéder au théâtre (où se déroule le concours) ou à l’espace VIP, il faut faire son choix. Les journalistes iront côté VIP, les développeurs côté théâtre. Du coup, devinez à qui ira la couverture médiatique ?

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Aux alentours de 1 heure du matin – le programme annonçait initialement une remise des prix à 22h30, un tweet du directeur de la communication Europe de Salesforce nous informe que le vainqueur est Clément Beauseigneur. On n’en saura pas plus (à moins d’avoir eu le courage de rester sur place jusqu’à la fin).

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Au lendemain de l’événement : aucune mention du vainqueur et du palmarès sur le site officiel de l’événement, ni sur ses comptes Twitter et Facebook, aucun article de presse non plus, malgré la débauche de moyens déployés. Triste aveu de la véritable considération des organisateurs envers les développeurs participants.

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Saluons tout de même l’initiative, et toutes les petites mains en coulisse – hôtesses d’accueil et autres membres de la sécurité, qui ont dû courir un véritable marathon. DevMag espère aussi vous faire rapidement découvrir l’interview du Meilleur Dev de France 2016, et son retour sur le concours.

Lire aussi : Le concours du Meilleur Dev de France peut-il se permettre des erreurs techniques ?

Et vous, qu’avez-vous pensé du Meilleur Dev de France 2016 ?

  • AlexGianq

    Un événement bien moisi. 4 ans que je le fais et que je me dis que c’est la dernière année que je le fais… cette année est une mouture particulièrement amère.
    Très bon article qui décrit tout ce que j’ai pensé de cet événement : sur-médiatisation, grosses ambitions et finalement une vaste blague/insulte. Tout le monde est reparti frustré. Perso je regrette de ne pas être rentré chez moi pour donner le bain à mes enfants et faire le repas, bien plus stimulant.

    Pour compléter l’article avec le contenu de l’épreuve en soi :
    Les années passées, la difficulté était plutôt équilibrée. On commence sur un exercice plutôt simple, puis on augmente la difficulté progressivement pendant les 2-3 heures de dev, sur 6 à 11 exercices. Cette année, non. 45 minutes pour 3 exercices : un exercice limite insultant en entrée de jeu (faire une soustraction) ; puis un exercice chiant (boilerplate++) en 2, pas difficile mais juste chiant parce qu’il y a moyen de faire des fautes connes ; puis enfin le vrai exercice, un algo de similarité textuelle, vraiment intéressant et bien amené. Mais suivant les langages, qui relève soit du parcours sans faute soit de la divinité pour l’écrire en moins de 30 minutes. À l’issue de l’épreuve, seul 1 candidat a terminé l’exercice (quelle brute !).
    Donc tous les autres candidats ont été départagés sur la rapidité à exploser les 2 premiers exercices. Or cet « exploit » tenait surtout à la rapidité avec laquelle on obtenait l’accès au site, la roulette russe, allant de quelques secondes à plus d’une dizaine de minutes. De quoi bien frustrer tous ceux qui attendent en regardant leurs potes coder.

    Quant à la qualité du site, tenu par Isograd, ça fait 4 ans qu’ils ne tiennent pas la charge. 4 ans qu’il y a des erreurs techniques en tout genre, et 4 ans que ça ne s’améliore pas. C’est pas comme s’ils avaient le temps de s’y préparer, il y a 1 concours tous les ans depuis 4 ans. Autant la première année, j’encourageais le concept, autant cette année je vote pour qu’on les mette au poteau.

    Tous les exercices portent sur un énoncé à « scanner » depuis STDIN, puis à « répondre » sur STDOUT. Sur le papier, c’est cool parce que ça permet d’abstraire du langage, tout le monde à la même enseigne. En vrai, c’est chiant ; on passe 1/4 du temps à écrire du code pour scanner le problème.

    Quant aux langages, on notera surtout l’absence de javascript, de java 8/9 pour les javaistes, et on ne parlera pas de scala, go, kotlin, swift, et autres langages (très) exotiques en 2016… Pour une entreprise qui se spécialise sur le test de candidats, ça la fout mal.

    En résumé, après 4 ans où ça s’empire chaque année, je pense qu’il n’y a plus rien à espérer de ce concours.

  • gaetan eleouet

    Effectivement ambiance pleine d’amertume pour les développeurs. Peut-être que l’année prochaine, le meilleur dev de france ne s’embêtera plus à organiser un concours… ça serait plus respectueux pour ceux dont c’est le travail et une fierté.

  • David Fleury

    @alexgianq:disqus
    C’est un pote à moi qui a fini l’exo3 et en fait reconnaitre l’algo a utiliser et avoir un code sous le coude aide vachement ;)
    Malheureusement cela montre aussi les limites de l’exercice : j’ai l’impression qu’ils ont attendus d’avoir quelqu’un qui résout correctement le problème 3 pour arrêter la ronde, idem en finale, annoncée pour 20 minutes (ce qui est ridicule) et qui a durée au moins 45min, arrêtée là aussi je suppose quand le gagnant à passé le 2em exercice de la finale (le premier étant un minimum spanning tree).

    Comment peux-t-on organiser un concours de code avec normalement 45min de code uniquement ? dans des conditions déplorables: le PC portable sur les genoux, un accès au site aléatoire et une grosse heure de retard pour la session 2 (le PC allumé qui se vide de sa batterie sur les genoux, puisque le retard est annoncé par tranche de 10-15 min…), suite aux déboires de la session 1.
    Le nom du concours est une vaste blague, mais est je suppose là pour attirer la couverture médiatique (çà marche !).

    le gagnant mérite le respect pour s’en sortir malgré tout çà, mais a te lire, avoir plus d’exos de difficulté plus progressive et plus de temps était une bien meilleure idée ! A vouloir trop grandir ils se sont foirés je pense (c’était ma première participation).

    Il faudrait penser à une pré-selection en ligne histoire de ne garder que les X meilleurs pour le jour J.

    • AlexGianq

      Totalement d’accord.

      Le pire c’est qu’à l’école 42, si on omet les aspects techniques et la sur-médiatisation, les conditions étaient presque acceptables. Durée raisonnable, exercices mieux mesurés, exos plus « exotiques » (donc pas moyen de retaper de mémoire un algo connu), de la place à côté de soi pour griffonner quelques dessins sur du papier, des sushi et du Burn à volonté même pour les non-VIP…

      Sérieusement, les années passées, seule la prestation d’ISOGrad (la boîte qui tient le site) pouvait dégoûter du concours.

      • David Fleury

        Effectivement, même si coder sur un mac m’aurait probablement dérouté et que je préfère avoir mon PC perso, avoir au moins une table me semble le minimum pour un concours de code.
        Et oui avoir des exos plus exotique est sans doute nécessaire, et surtout plus d’exos, car la en ronde 2 le premier est pipeau et le 2em juste sujet à des erreurs d’arrondi.

  • jmpp

    J’admet quand même m’être amusé avec mes collègues sur ces problèmes d’algo : on était tous de bonne humeur et on a tenté de le rester tout au long du concours, malgré le déboire.

    Cependant, je garde un souvenir très amer de cet événement.
    Le côté beaucoup trop « corporate » m’a filé la nausée toute la soirée. J’ai eu pendant le concours l’impression de faire parti du public d’un plateau TV. En gros, les devs, sensés êtres les principaux intéressés de l’évènement n’étaient que du décor de fond pour les interviews sur scène des sponsors.

    Big up au mec du speech d’ouverture qui parle dans le vide, expliquant que « le métier du dev est partout […] c’est un métier d’avenir […] ça représente 7 offres d’emploi sur 10 aux US […] vous êtes le futur, … » et qui pour finir se permet même le conseil de l’année : « écoutez toujours vos clients ».
    Merci Jean-Kévin pour tes belles paroles pleines de vent. C’est pas comme si vous étiez déjà à la bourre sur les horaires.

    Donc même si pour ma part les épreuves m’ont amusées, le fait d’être tous serrés comme des sardines dans des petits sièges avec l’ordi sur les genoux, c’était très inconfortable et perturbant pour coder. Plus le brouhaha dû à l’agacement général des participants (légitime) et des orgas au micro balançant toutes les 5 minutes des excuses à 2 balles, qui rendait la concentration très difficile.
    Et encore, je ne me pleins pas car faisant parti de ceux qui ont pu rapidement accéder au serveur. Et je comprend parfaitement que le mec à côté de moi soit frustré de ne pas pouvoir commencer. Dans un concours où c’est la vitesse qui prime, ça la fout mal.
    Sérieusement les mecs d’Isograd, load-balancez votre plate-forme, ou passez sur une stack avec une IO non bloquante. On est en 2016 merde !

    Je pense que le reste a été dit par @alexgianq:disqus

    Après 4 ans de fidélité, cette fois-ci était celle de trop.