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Posté par Marion Guillou | 2 années

French Tech : la guerre des talents ne fait que commencer

La sixième édition du Remixjobs Day, l'event de recrutement réunissant les talents du numérique et les sociétés innovantes, investissait le 22 janvier dernier les locaux du Campus Cluster Paris Innovation. Décryptage.   

Organisé par le job board Remixjobs, spécialisé dans le recrutement des talents du web, et tout particulièrement des développeurs, le Remixjobs Day a attiré près de 1 000 candidats et 42 sociétés parmi les plus innovantes du marché du numérique, dans les locaux du Campus Cluster Paris Innovation. Bonne nouvelle pour la courbe du chômage ?

Oui et non, car si le nombre de chômeurs ne cesse de grimper en France, qu’on ne s’y trompe pas : le secteur du numérique ne fait pas moins face à une pénurie de talents.

Il est en effet particulièrement difficile pour les start-up innovantes de la French Tech de mettre la main sur des profils combinants à la fois les bonnes compétences, la bonne capacité d’adaptation, les bonnes qualités managériales, en un mot, les profils « d’intrapreneurs », capables de mener des projets dès leur prise de poste.

Les développeurs plus nombreux que les commerciaux ! 

Le site Cadremploi révélait ce mois de janvier que l’informatique est le secteur qui embauchera le plus en 2015, avec 35 000  recrutements prévus, dont 6 000 créations de poste. « La fonction informatique est devenue la première en nombre avant les commerciaux », précise Thibaut Gemignani, directeur général de Cadremploi dans les colonnes de Challenges.fr. C’est « le résultat des projets de digitalisation des entreprises et du développement de la R&D ».

Pour séduire les candidats, les recruteurs misent donc de plus en plus sur le talent management : il s’agit de repérer les talents là où ils se trouvent (sortie d’école, sites d’emplois de niche comme Remixjobs, et événements de recrutement dédiés aux problématiques du web, comme le Remixjobs Day), puis de les accompagner dans leur évolution (souvent rapide) au sein de l’entreprise.

Une méthode qui devrait porter ses fruits car, comme le révélait dernièrement une étude de Remixjobs réalisée auprès de 2 000 profils inscrits sur son job board, le salaire n’est pas la motivation principale des talents du numériques, assurés de gagner correctement leur vie quoiqu’il arrive. Sur le podium de leurs attentes, la rémunération n’est qu’en troisième position, derrière l’envie de rejoindre un projet intéressant pour s’épanouir et progresser.

Les candidats débutants s’arrachent dès le stage 

Dans ce secteur en tension, les talents s’arrachent dès la sortie d’école puisque, comme l’explique Jacques Adoue, DRH France de l’entreprise de services numériques Capgemini, « avec 70 % (de candidats) débutants, la bagarre commence dès le stage, car un bon élève d’école d’ingénieurs a déjà trois ou quatre propositions ».

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Raccourci Interactive recrutait des talents au Remixjobs du 22 janvier 2015 © Barthélémy Aupée

Le groupe Raccourci Interactive, spécialiste du e-tourisme basé à La Rochelle, l’a bien compris. Afin de s’assurer des embauches, l’entreprise est allée à la rencontre des quatre meilleurs éléments de la promotion de l’IUT de La Rochelle pour leur proposer un stage de fin d’études au sein de son équipe tech, avant même qu’ils ne soient diplômés.

Les partenaires stratégiques du Campus Cluster Paris Innovation tels que Accor, PMU, ou encore la BPI, misent eux aussi sur les jeunes pousses. En soutenant financièrement le Campus à hauteur de 100 000 euros par an, ils se voient offrir un droit de gouvernance et un espace à résidence au sein de ce campus innovant dédié aux enjeux de l’économie numérique. Autrement dit : un accès premium au vivier de digital natives spécialisés en design, e-business et technologies numériques, talents de demain.

Les grands groupes aussi ont besoin de développeurs 

L’indispensable mutation digitale des entreprises passe autant par les investissements informatiques que par le recrutement des talents du numérique.

A l’image d’Axa France, quelques grands groupes poussent la logique jusqu’à constituer un cabinet interne de recrutement. « Nous voulions disposer de recruteurs partageant la culture de l’entreprise », explique Muriel Nicou, responsable recrutement à Axa. Le 17 juin 2014, le groupe Axa signait un accord commercial mondial avec Linkedin, accord qui lui permet d’utiliser les outils de « Talent Search » du célèbre réseau social professionnel, afin de moderniser ses équipes.

Et oui, on ne recrute pas les talents du numérique via les circuits classiques (Pôle Emploi et Cie), raison pour laquelle Axa France participe depuis déjà quatre ans aux Remixjobs Day, ce 22 janvier dernier ne faisant pas exception à la règle.

Pour les grands groupes, il s’agit d’adapter son image pour attirer les digital natives, plus branchés « start-up à l’américaine » que « culture d’entreprise à l’ancienne ». « Notre principale difficulté à l’heure de recruter, c’est notre image, explique-t-on chez Axa France, les talents n’associent pas Axa à l’innovation, pourtant nous sommes en pleine transformation digitale et nous proposons plus d’une centaines de postes par an en CDI : consultant SI, architectes, chefs de projet, développeurs (environnement IOS, Androïd, ect) ».

Même bataille pour Canal +. Afin de grossir son équipe tech, déjà composée d’une cinquantaine de développeurs, avec 65 postes à pourvoir (Java, web, mobile), Canal + a choisi le Remixjobs Day. « Nous essayons de travailler notre attractivité en nous rapprochant des communautés de développeurs à travers les bons job board et les bons événements de niche », confient les recruteurs.

Les start-up misent sur leur image d’accélérateur de carrière

La culture start-up fait partie intégrante du marché de l’innovation et, pour bien des développeurs à l’écoute d’opportunité, intégrer un projet en pleine croissance est un challenge à tenter au moins une fois dans sa vie.

Reste aux fondateurs de start-up à attirer l’attention de ces candidats, désireux d’être les pionniers du prochain Blabla Car ou du prochain Capitaine Train, pour ne citer que ces success stories françaises. Sublime Skinz par exemple, start-up de parisienne spécialisée dans le skin-based advertising (une niche en plein essor) aux 200 % de croissance en deux ans, insiste auprès de ses candidats sur les possibilités d’évolution extrêmement rapides (moins d’un an pour accéder à des postes de management).

Les locaux, l’équipement, les conditions de travail, mais aussi l’esprit d’équipe ont aussi leur importance. Comme Sublime Skinz qui investira dès février 2015 de nouveaux locaux de 300 m2 sans le quartier Saint-Lazare (openspaces et espaces détentes), les start-up qui recrutent ont tout intérêt à mettre l’accent sur la qualité des conditions de travail pour attirer leurs futurs collaborateurs.

A l’issu des précédentes éditions du Remixjobs Day, 80 % des sociétés présentes ont recruté grâce à l’événement.