lydia, jecelyn et chee
Posté par Marion Guillou | 10 mois

C’est comment d’être développeuse en Malaisie ?

Rencontre avec les fondatrices de la branche malaisienne de Women Who Code.

Ceci est une traduction de « What about being a software developer in Malaysia ? » de Ludwine Probst pour techbeyondborders.com

Il y a quelques semaines, DevMag vous présentait le projet de Ludwine Probst, développeuse française partie à la rencontre de ses paires asiatiques. Voici donc le bilan de la première étape de son voyage : la Malaisie. Ludwine y a rencontré l’équipe de Women who Code KL (Kuala Lumpur), une initiative internationale dédiée à promouvoir les femmes dans la tech, dont le siège social est à San Francisco. Chee et Jecelyn travaillent pour l’entreprise de software australienne Ezypay, où elles occupent respectivement les postes d’Initiave Manager et de lead frond-end développeur. Lydia quant à elle est tech lead chez Monster Technologies Malaysia. Toutes trois affirment que l’écosystème tech malaisien a atteint un niveau de maturité très intéressant pour les développeurs, dont les compétences sont désormais activement recherchées. Interview.

malaisie
Women Who Code KL © DR

 

Ludwine : Existe-t-il des stéréotypes liés à la profession de développeur en Malaisie ? En France, on a tendance à penser qu’un développeur est forcément un homme timide scotché à son ordinateur… 

Chee : Ce genre de stéréotype tend de plus en plus à disparaître grâce aux nouveaux visages de la tech. Prenons l’exemple des cofondateurs de GrabCar (l’équivalent malaisien de Uber) : ils ont prouvé que la tech pouvait avoir un impact énorme sur la communauté. En fait, grâce à ce type de success stories, les compétences des développeurs sont de plus en plus reconnues. Cependant, certains employeurs continuent d’estimer davantage les profils de consultants IT, qui sont aussi mieux payés. Pour y remédier, les développeurs devraient peut-être s’intéresser davantage au business…

Jecelyn : Pour ma part, j’ai été confrontée à deux sortes de stéréotypes. C’est soit : « Wow, tu es développeuse ! La programmation, c’est compliqué. Comment peux-tu passer autant de temps devant ton ordi sans t’ennuyer ? », soit : « La programmation ce n’est pas si compliqué. Ce qui importe vraiment, c’est le business. Les développeurs ne sont que des techniciens ». Sinon, parmi mes nombreux amis développeurs, il y a de tout : des gens extravertis et des gens introvertis, comme dans n’importe quel autre corps de métier. S’il fut un temps où, en effet, les développeurs étaient considérés comme des geeks enfermés dans leur chambre, l’avènement de leaders tech tels que Mark Zuckerberg a vraiment fait bouger les choses.

Lydia : Je pense que les stéréotypes ne sont que l’expression de la méconnaissance du métier. On ne peut pas apprécier les compétences d’un développeur si on n’y connait rien en technologie.

La plupart des gens jugent un livre à sa couverture et, quand il s’agit de développeurs, la couverture n’est pas très intéressante : un écran, un clavier et une souris.

Peu de personnes poussent la réflexion plus loin en s’intéressant à ce qu’il y a sur ledit écran. Être développeur, c’est travailler « en coulisse ». On fait en sorte que les choses marchent « comme par magie ». En ce sens, on fait partie de toutes ces professions de l’ombre, qui sont loin de se limiter à la tech.

En France, on voit fleurir les formations accélérées pour apprendre le code. Désormais, des profils de toutes sortes – et pas forcément scientifiques – peuvent apprendre à coder, même après 30 ans, pour commencer une nouvelle carrière dans l’IT. Qu’en est-il en Malaisie ? 

Chee : Beaucoup de gens, surtout les futurs entrepreneurs, veulent apprendre à programmer. Je connais des membres de Women Who Code KL qui ont payé des fortunes pour apprendre Ruby, node.js ou encore Angular JS en boot camps de quelques semaines. Je reste sceptique sur le résultat.

Lydia : Grâce à l’évolution des langages informatiques, il est devenu plus facile de se lancer dans la programmation, et d’intégrer des communautés tech. Il n’y a jamais eu autant d’events et de workshops consacrés au code que ces dernières années. Ajoutons à cela l’essor des start-up, et l’apprentissage du code, considéré comme un investissement coûteux il y a quelques temps, intéresse de plus en plus de gens.

Pour soutenir les nouvelles écoles de code, le gouvernement français vient de lancer « La Grande École du Numérique« . Comment l’état malaisien s’investit-il dans le digital ?

Chee : Ici, l’initiative gouvernementale la plus connue s’appelle MaGIC. Elle est principalement destinée à encourager le rôle crucial des start-up et de l’entrepreneuriat dans la révolution numérique. Elle organise, entre autres, de nombreux événements pour débutants consacrés à la programmation.

Jecelyn : MDec (Multimedia Development Corporation) est un site lancé par le gouvernement qui propose des cours en ligne autour de la Big Data. On trouve aussi @CAT, un accélérateur de start-up.

On parle beaucoup de Big Data et de Machine Learning ces dernières années. En France, les profils de data scientists ont vraiment la cote. La tendance est-elle la même en Malaisie ?

Chee : L’écosystème tech malaisien est saturé. Même si on sait que la Bid Data et l’IoT sont des tendances internationales, on n’en est pas encore là. J’ai remarqué que certaines entreprises embauchent toujours autour de Java/C#/.Net, preuve qu’elles ne cherchent qu’à maintenir des systèmes déjà existants. D’un autre côté, le développement front-end tend à prendre de l’importance : les profils AngularJS, UX/UI, ou encore node.js sont de plus en plus demandés.

Il semble qu’en Malaisie aussi, le métier de développeur ne soit pas encore bien représenté par les femmes. En tant que fondatrices de la branche malaisienne de Women Who Code, qu’en pensez-vous ? 

Chee : Nous avons immédiatement été soutenues par les hommes dans notre initiative. Ils savent qu’il est très difficile de faire des rencontres féminines dans la tech. Actuellement, nous sommes quatre pour gérer Women Who Code KL, nous aimerions être huit afin d’en faire plus : aller à la rencontre des jeunes dans les écoles et les universités, nouer des partenariats avec des meet-up tech, etc.

Jecelyn : Pour moi, l’objectif de Women Who Code, c’est de connecter les femmes de la tech entre elles. Les hommes sont aussi les bienvenus, ils sont d’ailleurs d’une aide précieuse lors de la préparation des events.

Lydia : Il y a peu de femmes développeuses en Malaisie, et peu de communautés qui les rassemblent. Nous essayons d’y remédier. Nous avons besoin de plus de femmes développeurs pour que le milieu de la tech soit plus diversifié, et donc plus stimulant.

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