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Posté par Marion Guillou | 11 mois

Brexit : ce que les start-up doivent savoir

Quelles vont être les conséquences du Brexit sur l'écosystème tech britannique ? Premières hypothèses avec Philippe Botteri.

Cet article a été rédigé (en anglais) il y a quelques semaines par Philippe Botteri, investisseur français – entre autres board member de BlaBlaCar et d’Algolia – installé à Londres, alors que l’espoir d’un « remain » majoritaire était encore permis. Aidé de son collègue James Cameron, entrepreneur australien lui aussi installé à Londres, il envisageait les conséquences du Brexit pour l’écosystème tech britannique.

Selon lui, trois domaines clés et interdépendants sont concernés : les conditions d’accès au marché intérieur, le contrôle de l’immigration, et la manière dont les règles de l’Union Européenne vont continuer à impacter le Royaume-Uni.

À quoi va désormais ressembler le Royaume-Uni ?

  • Le modèle norvégien

Le Royaume-Uni peut sortir de l’Europe mais rester dans l’espace économique européen (EEE), tout comme la Norvège et l’Islande. À ce titre, il bénéficierait d’accès privilégiés au marché intérieur dans de nombreux secteurs, à condition de respecter les lois européennes. La libre circulation resterait en place. Le modèle norvégien permettrait de maintenir une situation similaire à celle que l’on a connue jusqu’à présent, mais cette solution semble peu probable puisque les partisans du Brexit réclament justement davantage de souveraineté.

  • Le modèle suisse

En quittant également l’EEE, le Royaume-Uni devra négocier l’accès au marché intérieur secteur par secteur, tout comme la Suisse qui compte actuellement 129 accords commerciaux différents avec l’Union Européenne. La libre circulation resterait en place. Pas dit que l’Union Européenne accepte de tels accords, quand la situation avec la Suisse est déjà difficilement soutenable.

  • Le modèle turc

En ne faisant partie ni de l’Union Européenne, ni de l’EEE, le Royaume-Uni pourrait, comme la Turquie, négocier un accord avec l’Union Douanière de l’UE. Il n’y aurait plus de libre circulation. Dans le cas de la Turquie, l’accord négocié avec l’Union Douanière ne concerne que les marchandises, et exclut les services et la finance. Un accord similaire entre le Royaume-Uni et l’UE le priverait donc d’une grosse partie du marché intérieur.

  • L’Organisation Mondiale du Commerce

Le Royaume-Uni s’appuierait sur l’Organisation Mondiale du Commerce pour accéder au marché intérieur. C’est la solution de repli la plus radicale. Elle donnerait, certes, un maximum de souveraineté au Royaume-Uni, mais cela se ferait au risque d’une forte baisse des revenus pour le pays.

  • Une cinquième option ?

Une cinquième option a été évoqué par les partisans du Brexit : la négociation d’un accord spécial pour le Royaume-Uni, qui lui garantirait un accès complet au marché intérieur sans obligation de respecter les règles européennes (libre circulation inclue), et sans participation au budget de l’UE. Une sorte d’EEE light. Comment le Royaume-Uni serait-il en mesure de négocier un tel accord ? Pour les partisans du Brexit, le Royaume-Uni est tout bonnement en position de force grâce à son statut de cinquième puissance économique mondiale. Cependant, ce rapport de force est à relativiser puisque, comme l’ont souligné les opposants au Brexit, l’UE représente la moitié de l’export britannique, tandis que le Royaume-Uni ne représente que 10% de celui de l’UE.

En réalité, il faut s’attendre à des négociations serrées, tout particulièrement si le Royaume-Uni persiste à vouloir restreindre la libre circulation des personnes.

Les impacts possibles sur l’écosystème tech britannique

  • Sur la migration de la main d’oeuvre qualifiée

C’est probablement la préoccupation la plus importante des acteurs de la scène tech britannique. Si l’interdiction de la libre circulation n’a pas encore été décidée, le contrôle de l’immigration était l’un des points centraux de la campagne en faveur du Brexit. De nombreux partisans du Brexit souhaitent mettre en place un système qui favoriserait davantage les compétences des migrants que leurs origines (une sorte de modèle australien). Cette solution serait probablement efficace à long terme, mais dans un court-moyen terme, il faudrait s’attendre à un nombre très restreint de visas disponibles pour la main d’oeuvre qualifiée. Les conséquences porteraient fortement préjudice à l’écosystème tech du Royaume-Uni.

  • Sur les migrants existants

Les ressortissants de l’Union Européenne qui vivent déjà au Royaume-Uni ne devraient pas être affectés. En vertu de la Convention de Vienne sur le Droit des Traités, ils ne peuvent être exclus du Royaume-Uni, à moins que les pays signataires n’en décident autrement – ce qui est peu probable.

  • Sur les services financiers

À moins que le Royaume-Uni ne décide de rester dans l’EEE, les règles européennes relatives aux services financiers ne s’appliqueront plus d’ici deux ans, ce qui impactera toutes les entreprises britanniques qui exploitent des services financiers en Europe et vice-versa.

  • Sur le financement de la R&D 

Le Royaume-Uni est le deuxième plus important bénéficiaire du fonds de recherche et d’innovation de l’Union Européenne (il doit toucher deux milliards de livres au cours des deux prochaines années, soit près de 20 % du budget total alloué à la science par le gouvernement britannique). Si la majorité de cet argent est versé aux universités, près 15 % revient aux start-up et aux PME. Il ne faudra désormais plus y compter.

  • Sur la protection des données 

Il reviendra au Conseil Européen de décider si le Royaume-Uni est un « pays tiers sûr ». Si ce n’est pas le cas, le transfert de données personnelles vers le Royaume-Uni sera restreint, comme c’est le cas avec les États-Unis.

  • Sur l’accès au marché intérieur numérique

Les entreprises britanniques vont probablement être exclues du marché intérieur numérique, ce projet visant à mettre en place d’ici 2018 un ensemble de règles relatives, entre autres, aux droits d’auteurs, à la TVA, et à l’harmonisation du e-commerce.

  • Sur le cours de la livre sterling 

Le cour de la livre va souffrir du Brexit, ce qui bénéficiera aux start-up britannique qui vendent à l’international, du moins à court terme.

Lire aussi : Krach de la livre sterling sur LesEchos.fr

Le point de vue des experts

En janvier 2016, un sondage publié par Financial Times dévoilait que, pour 100 économistes britanniques interrogés sur le Brexit, 75 % y voyaient une source de nuisance pour l’économie du Royaume-Uni ; seuls 8 % pensaient qu’il présentait un intérêt pour l’économie britannique.

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