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Posté par Marion Guillou | 2 années

Boot Camp à la française : les nouveaux dev

Ils sont populaires aux États-Unis depuis déjà plusieurs années. En France, ils commencent tout juste à apparaître. Les boot camps, ces formations accélérées pour devenir développeur, vont-ils changer la donne ?

Il n’aura échappé à personne que le chômage connaît des taux records en France, tandis que l’industrie du numérique est à court de talents. Les observateurs du marché prévoient la création de 50 000 postes en France dans le secteur du numérique au cours des deux prochaines années.

Bien que très techniques, les postes de dev commencent donc à faire envie à la fois aux oubliés du système et aux diplômés des grandes écoles.

Ils sont rendus accessibles grâce à des formations accélérées d’un nouveau genre : les boot camps.

Le phénomène n’est pas nouveau, on en trouve depuis plusieurs années aux États-Unis : ces camps d’entraînement intensifs permettent en quatre à six mois d’apprendre à coder, moyennement une certaine somme (12 000 dollars en moyenne). La plupart des élèves sont déjà ingénieurs, ou au moins détenteurs d’un diplôme type BAC + 5.

En France, le concept ne s’est exporté que très récemment : à peine deux ans. Les initiatives sont principalement parisiennes, certaines sont plus emblématiques que d’autres, toutes ne partagent pas les mêmes objectifs, si ce n’est celui de permettre à la France de prendre enfin le virage du numérique – et c’est déjà pas mal.

Bien qu’il soit encore difficile de prendre du recul sur l’impact que ces boot camps vont avoir sur le marché de l’emploi français, deux lignes se dessinent :

Objectif code pour tous

Tout à fait représentatifs de la culture open source, les boot camps tels que Simplon ont pour ambition de donner aux exclus du système (mais pas que) la possibilité d’avoir eux-aussi leur part du gâteau. Implanté à Montreuil (92) depuis octobre 2013, l’école Simplon a la particularité d’être totalement gratuite. Comme on peut le lire sur son site, c’est une école qui « propose des formations intensives de six mois pour apprendre à créer des sites web, des applications web/mobile, et en faire son métier. La formation s’adresse prioritairement aux jeunes de moins de 25 ans, non diplômés ou peu diplômés, issus des quartiers populaires, des diasporas et des milieux ruraux, aux demandeurs d’emploi, aux allocataires du RSA, ainsi qu’aux femmes qui sont insuffisamment représentés dans les métiers techniques ».

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Erwan Kezzar, cofondateur de Simplon © Simplon

À la tête de Simplon, on trouve trois cofondateurs autodidactes, dont Erwan Kezzar, qui explique :

« Nous avons commencé à imaginer Simplon en 2011. Trois semaines plus tard, nous apprenions l’ouverture de l’école 42 de Xavier Niel. Cela nous a interloqué, mais dans le bon sens du terme : notre intuition était la bonne, le marché était énorme et, grâce à la notoriété de l’école 42, le public allait mieux comprendre ce que nous essayions de faire avec Simplon ».

Comme Xavier Niel, les cofondateurs de Simplon souhaitent donner à tous les passionnés la possibilité de devenir développeur, même s’ils ont un parcours chaotique, même s’ils sont issus de milieux défavorisés.

Le profil d’un élève de Simplon selon Erwan Kezzar ? « De Bac – 2 à Bac + 8, des hommes et des femmes, beaucoup d’allocataires du RSA, 80% de débutants ».

Sur les trente élèves de première promotion de Simplon (d’octobre 2013), un tiers est aujourd’hui en CDD, en CDI, ou en contrat aidé, une grosse moitié travaille en free-lance.

Une vraie lueur d’espoir pour les jeunes sans diplôme promis à un avenir morose…

Lire l’article de Contrepoint : Les banlieues, nouveaux viviers du numériques français

Concrètement, qu’est-ce qu’on apprend en six mois à Simplon ?

L’idée n’est évidemment pas de devenir dev senior en si peu de temps. Mais on peut espérer – si on travaille suffisamment – maîtriser les bases de Ruby et Rails, de Git, d’Unix et de Github, et comprendre ce qu’est la programmation.

« Nos élèves ne vont pas forcément être tout de suite capables de produire une prestation de A à Z, mais ils sont opérationnels pour le travail en équipe » affirme Erwan Kezzar.

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Une promotion de Simplon © Simplon
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Les locaux de Simplon à Montreuil © Simplon

Depuis l’automne 2014, Simplon a ouvert Simplon Village à La Loupe (Eure-et-Loir), afin d’ouvrir sa formation aux ruraux. Dès le mois d’avril 2015, Simplon proposera des contrats pro en partenariat avec Pôle Emploi. On trouve aussi des initiatives Simplon en Roumanie et en Zambie.

Lire l’article de L’Obs : Simplon Village : bienvenue chez les codeurs en herbe

Pour info, la Web Academy (et elle n’est sûrement pas la seule) propose aussi des formations gratuites sans condition d’entrée.

Savoir coder : le graal des entrepreneurs du Far Web

Autre créneau, le boot camp payant, tel que Le Wagon. Créé il y a un an et demi, il s’adresse davantage aux diplômés, futurs entrepreneurs désireux de se constituer un background technique, gage de pertinence sur la scène tech.

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Le boot camp Le Wagon propose d’apprendre à coder en deux mois… © Le Wagon

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… mais aussi de se détendre entre deux cours intensifs ! © Le Wagon

Le profil des élèves est donc le suivant : 60 % d’élèves en école de commerce et d’ingénieurs un peu old-school.

« À Paris, beaucoup d’entrepreneurs veulent lancer une start-up, mais ils n’ont pas les compétences techniques : nous leur proposons de pallier à leurs lacunes chez nous » explique-t-on au Wagon.

En deux mois, on apprend les bases de la production web : de la base de données à l’interface (HTLM, JavaScript), de l’open source avec Github (pas si facile à appréhender pour un novice), et de Ruby et Rails.

Sur les neuf semaines de formation, deux sont consacrés à la réalisation de projets personnels (que l’on peut consulter ici). Un quart des élèves du Wagon cherche ensuite à décrocher un poste de développeur junior.

« On apprend à nos élèves les bonnes pratiques, les bons concepts, ils ont les bons patterns en tête, un oeil critique sur les produits, sur la culture du produit et la gestion de projets. On leur fait gagner deux ans en accélérant leur apprentissage » explique-t-on au Wagon.

Le tout pour 4 500 euros. Ce qui est beaucoup moins cher qu’aux États-Unis !

Pour intégrer Le Wagon, il faut passer une sélection. Moins sur les compétences que sur la motivation et les attentes de l’élève : c’est un programme très intense qui peut décourager. Chaque promotion compte vingt élèves.

Trois des anciens élèves du Wagon ont décroché un poste de dev junior dans la Silicon Valley suite à leur boot camp : chez Stripe et Compass notamment.

C’est le cas de Louis Pinot, dont voici l’interview pour Dev Mag

Et vous, que pensez-vous des boot camps à la française ?